Publié le : 3-06-2016 | Dernière mise à jour : 14-08-2017 | Photo: Paolo Almario – 2016

dyforme

Texte de Paul Kawczak

Ada Lovelace, Adele Goldberg, Charles Babbage, Elon Musk, Grace Hopper, John Von Neumann, Norbert Wiener et Ray Kurzweil trois femmes et cinq hommes dont les noms ne sont pas connus de toutes et tous mais dont les vies et carrières, pourtant, sont ou ont été décisives dans l’histoire technologique moderne. Ces neuf personnalités ont en commun d’avoir contribué ou de contribuer encore de près à l’essor de l’informatique et à l’avènement de l’ère numérique. Que ce soit dans le domaine des mathématiques, de la programmation, de la cybernétique, de l’ingénierie, de la mécanique quantique ou de l’intelligence artificielle, le génie de chacune d’entre elles a favorisé l’immense bond technologique qui a marqué les XIXe et XXe siècles et continue de forger le XXIe siècle. Leurs carrières font montre de ce dont l’intelligence humaine est capable. Paolo Almario, dans dyforme réalise ces portraits en photomosaïques de grande dimension (30x60po), chacun composé de 4800 éléments picturaux. De loin, apparaissent les figures imposantes des neuf hommes et femmes de génie, de près, la spectatrice et le spectateur constatent que chacun des 4800 éléments picturaux est composé de trois lignes colorées rouge-vert-bleu, RVB, le codage informatique de la couleur.

Une première idée serait que l’artiste suggérerait ainsi que ces vies et carrières survivraient au travers de l’encodage informatique qu’elles ont elles-mêmes contribué à développer, l’humain survivant dans son oeuvre selon une histoire technologique progressive et téléologique dont l’aboutissement ultime serait l’immédiateté et l’immortalité. Or l’installation de Paolo Almario rompt avec cette vision idéaliste. Chacun des portraits en photomosaïques est inséré dans un dispositif mécanique automatisé conçu par l’artiste qui les démantèle un par un, pièce par pièce, laissant à terre, en petit tas, les ruines symboliques de ces existences. Paolo Almario met en scène l’évincement de l’humain par ses créations et réalise ici un dispositif vertigineux entrevoyant une rupture radicale dans l’Histoire humaine.

dyforme est une oeuvre auto-destructive, ou plutôt, programmée pour s’autodétruire. L’oeuvre est programmée par l’artiste lui-même dont la présence dans l’installation correspond précisément à cette dimension destructive. Qui assiste à ce procédé est à même de se demander si les neuf femmes et hommes dont les portraits sont démantelés n’ont pas aussi, à l’origine, programmé eux-même cette auto-destruction ? Si les sciences numériques, à mesure qu’elles s’émancipent, absorbent nos vies et évincent notre humanité – un des exemples les plus probants et les plus extrêmes en étant les projets d’armes autonomes – cela n’aura-t-il pas été programmé par l’humain lui-même ? Par ailleurs, ce dispositif remet en cause l’idée d’une histoire du progrès avec l’immortalité, même symbolique, comme objectif final. Notre intégrité humaine peut-elle survivre à la fragmentation de la mémoire numérique ? Ainsi l’histoire des sciences numériques serait-elle moins celle de notre mémoire que celle de notre effacement et chacune des neuf personnalités ici présentées aura contribué à son oubli et à son démantèlement. De chacune d’elles, il ne reste que le fantôme destructeur s’acharnant sur leur mémoire.

[Portrait de Charles Babbage]
[Portrait d’Ada Lovelace]
[Portrait de Norbert Wiener]
[Portrait de John von Neumann]
[Portrait de Grace Hopper]
[Portrait d’Adele Goldberg]
[Portrait de Ray Kurzweil]
[Portrait de Elon Musk]

Vidéos



Voir aussi : Vidéo officielle de la BIAN

Photos – Œuvre

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Photos – Paolo Almario

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Photos – Paolo Almario

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